Le drapeau de la transparence

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A l’entrée du château Luchey-Halde, à Mérignac, en Gironde

C’est simple comme bonjour, mais encore fallait-il y penser. Depuis un an, un second drapeau s’est ajouté à celui qui flotte habituellement à l’entrée du château Luchey-Halde, en Gironde. Il est la plupart du temps vert, et s’affiche parfois en orange ou rouge.  Il a été installé là pour signaler aux promeneurs les jours d’épandage de produits phytosanitaires dans ce vignoble de 23 hectares, situé sur l’appellation Pessac Léognan.

Le château Luchey-Halde, propriété de l’école d’ingénieurs Bordeaux Sciences Agro, a pris cette initiative pour répondre à l’inquiétude grandissante du grand public envers l’utilisation de pesticides.

« Il y a trois ans, nous avons initié le principe d’une réunion annuelle d’information sur les traitements, à l’intention des riverains de nos vignes, explique Mélanie Lou, responsable environnement du château Luchey-Halde. Depuis, nous les informons par mail avant chaque traitement. » Ce système commence à voir le jour dans le vignoble cognaçais, la maison Martell ayant récemment indiqué informer elle aussi par mail les riverains qui le souhaitent des traitements à venir sur son vignoble.

Mais le château Luchey-Halde, situé en zone urbaine, et accessible en traversant un simple fossé, est depuis toujours un lieu prisé des promeneurs. Comment avertir ces personnes qui ne vivent pas nécessairement autour de la propriété ? « C’est une riveraine qui nous a donné l’idée, poursuit Mélanie Lou. Elle nous a dit : « Mais pourquoi ne faites-vous pas comme à la plage ? » La mise en œuvre était très simple. Du coup, depuis mai 2016, quand nous traitons, nous hissons à l’entrée du château un drapeau rouge, avec un affichage légendé. Le rouge signifie l’interdiction de circuler dans les allées du vignoble. Le drapeau orange indique que le traitement est terminé, mais qu’on est encore sur le délai de ré-entrée. [Il s’agit d’un délai à respecter entre le moment où l’on traite et le retour sur la parcelle traitée. Ces délais sont compris entre 6 heures et 48 heures, en fonction de la dangerosité des produits utilisés]. Dans ce cas-là, les promeneurs sont autorisés à circuler dans les entrées principales, mais ont interdiction de toucher au matériel végétal. Quand le drapeau est vert, la circulation est libre. »

L’équipe du château Luchey-Halde veut aller plus loin. « Nous avons pour projet de nous équiper de la box Notiphy, créée par la start up bourguignonne Deaverde, qui permet de connaître la présence de produits phytosanitaires sur les parcelles », indique Mélanie Lou. Via une application sur smartphone, l’ensemble des usagers de l’espace agricole peut être averti, précise Deaverde sur son site internet.

Un an après sa mise en place, Mélanie Lou estime le dispositif des drapeaux de couleur satisfaisant. « Mais le frein, la limite, c’est l’envie d’en savoir toujours plus, note-t-elle. On peut avoir des discours comme : « Comment prouver ce que vous nous dites ? » Ce n’est pas de la méchanceté, mais de la peur. Les parents s’inquiètent notamment de la pollution de l’air pour leurs enfants. De notre côté, nous pensons à la santé de nos salariés et de nos riverains, et agissons en toute transparence. Nous traitons en pulvérisation confinée, nous n’utilisons plus d’herbicides ni de produits CMR [cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques] et nous privilégions les alternatives aux traitements chimiques, comme le bio-contrôle et la confusion sexuelle. »

Mélanie Lou constate aussi des questions de plus en plus techniques sur les dix à quinze traitements par an que nécessitent les vignes. « Dans notre mail d’avertissement, nous indiquons la date de traitement et les phrases de risque [les annotations présentes sur les étiquettes de produits chimiques qui indiquent les risques encourus] des produits que nous allons utiliser. Certains nous demandent le nom des matières actives. Nous ne souhaitons pas donner cette information, car sur internet, on trouve tout et n’importe quoi sur ces matières actives. »

Néanmoins, malgré les ajustements qu’il faudra sans doute prévoir autour de cette initiative, Mélanie Lou la juge positive. « Avec tous les reportages sur les dangers des pesticides qui sont diffusés, les gens sont en quête d’informations sur le sujet, dit-elle. Je pense que nos riverains sont contents qu’on tiennent compte d’eux. La très grande majorité approuve vraiment notre volonté de transparence. »

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