Les araignées, ces bestioles si utiles

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Alexis Saintilan est arachnologiste

Alexis Saintilan reçoit chez lui, dans un village du sud des Deux-Sèvres. Il y a installé son bureau, dont l’équipement principal se résume, dit-il, en une imposante loupe binoculaire. Entomologiste généraliste, l’homme de trente ans s’est rapidement spécialisé dans l’étude des petites bêtes à qui l’on réserve le plus souvent des coups de talon rageurs : les araignées. À grand tort, estime l’arachnologiste, pour qui ces invertébrés devraient être regardés d’un œil bienveillant.

Après une faculté de biologie à Rennes, et un master 2 en Gestion de la biodiversité à Toulouse, le natif de Saint-Brieuc se prend d’intérêt pour les araignées : il effectue un stage au Groupe d’étude des invertébrés armoricains (GRETIA), en Bretagne, durant lequel il rencontre des arachnologistes. « La diversité des araignées (il en existe 1 700 espèces en France), de leurs comportements, ça m’a passionné ! » Une passion confirmée lors d’un passage au conservatoire d’espaces naturels de Midi-Pyrénées. Après avoir travaillé au CNRS de Chizé comme chargé de terrain, il a monté sa société de conseils, opportunément baptisée Arachné.

Ses clients sont des laboratoires de recherche, des bureaux d’études et des associations. L’essentiel de son travail consiste à mettre un nom sur les espèces d’araignées qu’on lui présente. Déterminer l’espèce d’une araignée permet d’extrapoler sur un milieu et d’émettre des hypothèses utiles à la recherche. « Il existe plusieurs types de comportements de chasse chez les araignées, explique l’arachnologiste. Il y a celles qui courent au sol pour capturer des proies comme les coléoptères, les cloportes, les chenilles. Celles qui au contraire, attendent leur proie camouflées dans le feuillage, à la manière des araignées-sauteuses, ou des araignées-crabes, ainsi nommées car elles possèdent des pattes avant qualifiées de « ravisseuses ». Il y a également les araignées qui font leurs toiles dans les couloirs de vol pour capturer des mouches, moucherons ou papillons. On pense qu’elles ressentent les vents dominants grâce à des poils sensoriels leur permettant de percevoir les vibrations du sol ou les mouvements dans l’air. »

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Une araignée prête à passer sous la loupe binoculaire

Mais au fait, qu’est-ce qui caractérise une araignée ? « Ces prédateurs invertébrés ont quatre paires de pattes, pas de mandibules, des crochets à venin, pas d’antennes, et ils sont capables de produire de la soie. » « Il ne faut pas avoir peur du fait qu’elles disposent de crochets à venin, poursuit Alexis Saintilan, car en réalité, elles n’ont pas intérêt à mordre, et n’ont d’ailleurs, pour la grande majorité d’entre elles, pas la capacité physique de percer la peau humaine. Elles ne le font qu’en dernier recours. Le plus souvent, elles ne produisent que des morsures sèches, car produire du venin leur demande trop d’énergie. Elles sont très utiles dans la maison. Ce ne sont pas des squatteuses, elles paient leur loyer en mangeant les cafards, les mouches, les mites, les papillons de nuit. Si elles n’ont plus de nourriture, soit elles meurent, soit elles partent. »

Alexis Saintilan travaille notamment sur l’influence des pratiques culturales sur les communautés d’araignées. « Un concept est particulièrement étudié en ce moment dans les laboratoires de recherche, indique-t-il. C’est celui de paysages simples et de paysages complexes autour d’une parcelle cultivée. Un paysage simple présente très peu de haies, de boisement, de prairies, à la différence d’un paysage complexe. On constate que la pauvreté d’un milieu a un impact sur les cultures, qui deviennent plus sensibles aux maladies. Un paysage simple est un facteur favorisant de contamination des cultures. » Parmi ces exemples de parcelles cultivées, la vigne n’échappe pas à la règle.

« Quand on étudie l’écologie des communautés d’insectes ou d’oiseaux, les paysages complexes s’avèrent être pour eux des milieux refuges. L’existence de ces refuges a un effet indirect sur les maladies des végétaux, dans la mesure où le prédateur direct des ravageurs de culture se trouve dans ces milieux naturels. Les araignées sont les prédateurs les plus voraces des invertébrés. Ce sont des animaux qui capturent le plus, notamment les pucerons et les cicadelles. » C’est pour cette raison qu’Alexis Saintilan estime que l’action des araignées pourrait être une piste d’étude concernant un fléau pour la vigne : la flavescence dorée. « Les pucerons et les cicadelles sont en effet légion sur les pieds de vigne, note-t-il. Les araignées pourraient également avoir un rôle à jouer pour lutter contre la tordeuse de la vigne, une larve issue d’un papillon nommé eudémis. Leur action serait similaire à celle des guêpes parasitoïdes, dont certaines sont des prédatrices de la cicadelle verte. »

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« Il faut favoriser les paysages complexes »

« Les résultats préliminaires des études menées sur les paysages complexes montrent un effet additionnel : plus la communauté de prédateurs est diversifiée, plus elle est efficace sur les ravageurs. C’est un peu le même principe qu’avec les pesticides, puisque c’est en général un panel de plusieurs produits phytosanitaires qui agit efficacement. »

Alexis Saintilan se montre prudent sur l’efficacité que pourrait produire un lâcher d’araignées sur une parcelle, à la manière de celui de coccinelles pour lutter contre les pucerons. Mais il plaide pour la préservation des paysages complexes auprès des cultures, quelles qu’elles soient. « Il faut entretenir la biodiversité, maintenir un équilibre constant, favoriser les paysages complexes, pour permettre l’action des prédateurs naturels. Ce système n’est évidemment pas spectaculaire comme un pesticide, mais les araignées peuvent certainement être un outil de biocontrôle efficace », estime-t-il, avant de conclure : « Souvent les agriculteurs pensent que nos études sont là pour les embêter. Je tiens à leur dire que nous n’avons aucun poids sur les normes environnementales qui leur sont imposées. Mais notre connaissance du milieu naturel peut leur être très utile ! »

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