Bois-le comme un Petrus

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Jean-Claude Berrouet, oenologue, lors de la dégustation d’un Petrus 2015.

Il y a quelques jours, dans la salle de réception du domaine de Petrus, à Pomerol. Sur une grande table en marbre, Jean-Claude Berrouet remplit douze verres à pied d’un des vins les plus réputés au monde. Un groupe d’amis vient de bénéficier d’une visite guidée par l’homme qui en a été l’œnologue durant 44 ans, avant de céder sa place à son fils Olivier en 2008. J’ai la chance d’avoir été invitée à prendre part à la visite.

Après avoir découvert le chai du domaine, fait l’impasse sur une balade dans les vignes à cause de la pluie, nous nous apprêtons donc à boire ce vin mythique, millésime 2015. Comment déguste-t-on un très grand vin ? Comment ne pas être intimidé par un breuvage si rare et donc si cher ? Alors que chacun a son verre en main, en approche timidement son nez, quelqu’un pose la question que tout le monde a en tête : « Et comment le déguste-t-on ? » Jean-Claude Berrouet lance alors du tac au tac : « Avec la bouche, tout simplement ! » Quelques rires soulagés fusent, et chacun porte enfin son verre à ses lèvres.

Quelques minutes auparavant, en interview, Jean-Claude Berrouet venait de me dire : « Le vin, c’est viscéral, c’est une jouissance, un plaisir. On aime ou on n’aime pas, c’est aussi simple que ça. » Personne n’ose commenter ce Petrus millésime 2015. Chacun l’apprécie, ça ne fait pas l’ombre d’un doute, et apprécie sans doute autant le privilège d’une dégustation avec celui qui a contribué durant tant d’années à sa renommée à travers le monde.

Faut-il être un amateur de vin éclairé pour apprécier un Petrus à sa juste valeur ? On serait tenté de le penser, lorsque Jean-Claude Berrouet, qui se définit comme un olfactif depuis toujours, souligne que « les vins de Pomerol sont d’une grande sensualité. Un Pomerol, c’est un monde sphérique, une enveloppe veloutée, faite de suavité, de douceur, de crémeux, d’onctuosité », avant d’enchaîner, en souriant : « Dans notre métier, on utilise souvent un langage codé pour exprimer ce que l’on ressent ». Egalement lorsqu’il dit que l’on peut « toucher le vin », « puisqu’il provoque en bouche une sensation de surface, soyeuse ou rugueuse par exemple », ou bien encore lorsqu’il compare le vin (« un véhicule merveilleux pour l’olfaction ») à l’art, car « quand on en boit, on ressent des émotions. »

« Le vin nous fait voyager, et quand on voyage, on échappe à la banalisation », note celui qui continue à conseiller plusieurs domaines viticoles, et qui voit son métier « comme un acte de modestie face à la nature ». Avec le vin, certains voyagent plus loin que d’autres, à n’en point douter.

Nous sommes toujours dans la salle de dégustation. L’œnologue vient de lancer qu’il aime déguster un vin en compagnie d’une femme, car, « les femmes ont souvent une meilleure acuité gustative, un meilleur sens de l’olfaction. Et puis, elles sont plus spontanées. » La spontanéité. Est-ce que ce serait ça, le meilleur état d’esprit pour apprécier un vin ?

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