« Maintenant, faut y remettre les pieds… »

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Lundi 30 mai au matin, Benoît Normandin (à gauche) aidé par un employé viticole, sur ses vignes à Vaux-Rouillac

Derrière une haute haie, alors que Salvador Pérez, préfet de Charente, vient de quitter une parcelle de vigne attenante, deux silhouettes font tomber des bois verts abîmés par les impacts des grêlons. Recouverts de la tête aux pieds pour se protéger de la pluie qui n’en finit pas de tomber, les gestes lents et mécaniques des deux hommes au dos courbé traduisent leur lassitude : Benoît Normandin, qui exploite 14 hectares de vigne à Vaux-Rouillac a essuyé l’orage de grêle qui s’est abattu sur une partie du vignoble cognaçais vendredi dernier. Il travaille en polyculture, et ses céréales aussi ont été touchées. « Tout est comme ça », dit-il, en désignant sa vigne très abîmée. Il n’y aura pas de récolte cette année. Là, on travaille pour 2017… »

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Benoît Normandin

Avec l’aide de son employé viticole, Benoît Normandin pare au plus pressé. Il a choisi la solution la plus radicale : faire tout tomber et repartir au propre, plutôt que de tenter de conserver ce qui pouvait l’être. « C’est ce que j’avais fait en 2009 », explique-t-il. Pudique comme le sont souvent ceux qui travaillent la terre et doivent remettre le fruit de leurs efforts aux caprices du ciel, il admet que « samedi, le moral, ce n’était pas ça. » « Vendredi, j’ai regardé l’orage par la fenêtre, ajoute-t-il en haussant les épaules. Là, ça repart. On ne va pas pleurer ! Des copains vont débarquer pour donner un coup de main. Ils seront une dizaine. Il faut aller le plus vite possible pour que le feuillage reprenne. » L’urgence, c’est d’éviter la pourriture qu’il a déjà constaté sur quelques bois.

Vendredi en fin d’après-midi, il aura suffi de sept petites minutes pour anéantir des mois de travail. Le violent orage de grêle qui s’est abattu dans la région a suivi un couloir large de trois kilomètres environ, du sud de la Charente-Maritime à Aigre, dans le nord-ouest de la Charente.

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Salvador Pérez (à droite) avec Jean-Guy Chauvet (au centre), qui lâche : « Maintenant, faut y remettre les pieds… »

Le BNIC estime que cet orage du 27 mai a touché près de 5 500 hectares de vignes (7 % du vignoble), dont environ 3 000 hectares à plus de 80 %. Des hectares de vigne « hachée menue », comme l’a constaté Salvador Pérez. Le préfet, accompagné d’élus et de représentants de l’Interprofession, est allé à la rencontre de maires, viticulteurs de métier : François Raby à Jarnac, Georges Devige à Foussignac, et Jean-Guy Chauvet à Vaux-Rouillac. Le représentant de l’Etat a découvert sur le terrain le piteux état de trois parcelles en cru Fins bois.

« Les agriculteurs vivent au rythme des calamités agricoles, pourtant leur situation est suffisamment difficile, a déploré Salvador Pérez. Ce sont des dominos qui tombent, ça touchera beaucoup d’autres professionnels du cognac. »

Lundi matin, un regret était cependant dans tous les esprits : faute d’alerte météo, la petite cinquantaine de générateurs à iodure d’argent de Charente n’a pas été activée. Ces générateurs, qui réduisent la taille des grêlons en ensemençant les nuages, sont restés à l’arrêt.

« C’est compliqué de prévoir des phénomènes très courts et violents », a lancé avec fatalisme un viticulteur. « Il faut six à sept heures pour diffuser le iodure d’argent », a rappelé de son côté Jean-Bernard de Larquier, président du BNIC. Mais il vaut mieux faire marcher un diffuseur pour rien qu’assister à ça ! Il y a tout un maillage à améliorer. »

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Un pied de vigne abîmé par la grêle

Avec 20 à 30 % de dégâts sur 10 hectares de ses vignes, Alain Reboul, viticulteur à Fleurac, s’estime chanceux par rapport à ses collègues. Chanceux, mais en colère. « On a tous les applis « Météo 60 », « Plein Champ » ou « Météo ciel » sur nos téléphones. On savait qu’il fallait traiter jeudi et vendredi parce qu’un épisode orageux était annoncé par la suite. Je trouve dommage que Météo France n’ait pas lancé l’alerte, alors qu’on sait que les orages de printemps sont les plus dangereux. Je ne suis que viticulteur, pas ingénieur, mais je ne peux concevoir qu’un tel orage n’ait pas été prévu, avec les satellites qui existent aujourd’hui, et alors qu’à l’heure actuelle, avec internet, on fait le tour du monde en 10 secondes ! Je suis très sensible à la situation de mes collègues qui se retrouvent face à une catastrophe économique. »

Signe d’une prise de conscience du danger que représente la grêle, 50 % des viticulteurs sont aujourd’hui assurés contre ce risque, alors qu’ils n’étaient que 25 % lors de l’épisode de 2014. Mais cela ne les prémunit pas contre tout le reste : certains vignerons ont dû faire face cette année au gel tardif, et la douceur de cet hiver a provoqué une invasion d’escargots dans le vignoble.

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