Une viticulture pour durer

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Quelques uns des intervenants à la Journée technique de la Station viticole.

Les producteurs de cognac en ont bien conscience, mais s’il y en avait encore pour douter du caractère prioritaire des préoccupations environnementales dans la conduite du vignoble des deux Charentes, la 12e journée technique de la Station viticole* aura servi de mémento.

« Dans la course à la qualité, il n’y a pas de ligne d’arrivée », a rappelé Catherine Le Page, directeur du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) en introduction à cette journée qui s’est tenue jeudi dernier à Châteaubernard, avec pour thème la « viticulture durable ». Florent Morillon, directeur « Amont » de la maison Hennessy et membre de la commission technique et développement durable du BNIC n’a pas manqué de souligner qu' »il y a une attente sur les marchés. On nous demande ce que nous faisons d’un point de vue environnemental sur le vignoble, quelles sont nos pratiques. C’est une attente sociétale. »

L’actualité récente a en effet montré que ce ne sont plus les seuls consommateurs de cognac qui s’interrogent sur l’impact environnemental des modes de production du spiritueux charentais, mais bien l’ensemble de la société, dont les attentes en matière de sécurité placent désormais le curseur très haut pour les viticulteurs.

La première partie de la journée a planté le décor, avec un chiffre sur la productivité du vignoble : on assiste à une baisse tendancielle de cette productivité depuis 2005. En 2014, la perte de rendement imputable au dépérissement du vignoble (causé essentiellement par les maladies du bois de la vigne) a été évaluée à 4,6 hectolitres/hectare.

Mais si les produits phytosanitaires ne peuvent plus être une solution pérenne face à ces maladies du bois de la vigne, vers quoi se tourner ?

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La taille joue un rôle non négligeable dans la prévention des maladies du bois de la vigne

Michel Girard, conseiller viticole à la chambre d’agriculture de Charente-Maritime est revenu sur l’un des fondamentaux en viticulture : la taille, et son importance trop souvent minorée dans la longévité d’un cep. Il a rappelé l’importance du « coup de sécateur » dans les notions de courants de sève. « Il faut investir dans les compétences, estime-t-il. Il est primordial d’avoir une main d’oeuvre qui connaît les bonnes pratiques ».

Peu avant, Marion Claverie, ingénieur agronome à l’Institut français du vin Rhône-Méditerranée citait en référence le livre sorti en 1921 « Modifications à apporter à la taille de la vigne dans les Charentes : l’apoplexie », de René Lafon, ingénieur agricole, sur lequel les chercheurs s’appuient encore aujourd’hui pour tenter de comprendre l’incidence de la taille sur les maladies du bois de la vigne.

Le contenu de ce petit manuel ne peut bien sûr plus être pris au pied de la lettre : les exigences de rendement ont considérablement évolué en un siècle, ainsi que la surface des exploitations : on comptait par exemple 30 000 exploitations de cognac de 2 hectares en moyenne dans les années 60, contre 4 500 exploitation de 17 hectares en moyenne en 2016.

Philippe Guélin, membre de la commission technique et développement durable, a quant à lui exhorté les pouvoirs publics à reconnaître le poids du cognac dans l’économie française, et a demandé un juste retour, avec plus de crédits alloués à la recherche agronomique.

« Nous nous devons d’entendre les attentes sociétales de plus en plus fortes en matière d’environnement,  a répété Laëtitia Four, responsable du pôle développement durable de la Station viticole. Les viticulteurs doivent s’adapter. »

La réglementation les y pousse d’ailleurs de plus en plus : à partir du 1er juillet 2016, un dispositif expérimental de certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP) va être mis en place, dans le cadre du plan Ecophyto 2. Les distributeurs de pesticides vont devoir aider les viticulteurs à réduire leur consommation de ces produits.

* La Station viticole, rattachée au Bureau national interprofessionnel du cognac, a pour mission de mener des programmes de recherche appliquée, d’expérimentation et de développement.

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