Haro sur les francs-tireurs

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Christophe Véral, Stéphane Roy et Alexandre Imbert au siège de l’UGVC

Il aura suffi d’une simple évolution réglementaire pour que quelques exploitants cognaçais s’engouffrent dans la brèche. Depuis le 1er janvier dernier et l’évolution du régime d’autorisations de plantation de vigne en Europe, une exploitation peut désormais détenir des vignes n’importe où, dans les limites de l’état membre. Alors qu’auparavant, ces vignes devaient se situer dans un rayon de 70 km maximum autour de son siège social.

Un exploitant peut donc acheter des vignes dans une région viticole dont le prix à l’hectare est bien inférieur à ceux pratiqués dans le cognaçais, les arracher et les replanter dans l’aire d’appellation cognac. Une opération économiquement avantageuse.

Problème, explique-t-on à l’Union générale des viticulteurs pour l’AOC cognac (UGVC), ces exploitants qui la jouent perso mettent en péril les patients efforts de la viticulture cognaçaise pour « construire un équilibre plus favorable ». « C’est une question de responsabilité, explique Stéphane Roy, le président. On ne peut pas voter un business plan*, qui définit précisément nos besoins collectifs pour les quinze ans à venir, et tout mettre en l’air après, pour satisfaire des intérêts personnels. »

Le crainte du syndicat viticole est simple : voir la surface du vignoble de cognac croître de manière inconsidérée, alors que tout est mis en oeuvre pour qu’il fasse l’objet d’un accroissement contrôlé. « Au départ, on pensait que ces opérations ne concernaient que quelques hectares supplémentaires, note Alexandre Imbert, directeur de l’UGVC, mais aujourd’hui, on constate que c’est beaucoup plus : cela représente 170 hectares, et ce n’est peut-être que la partie émergée de l’iceberg. »

Des opérations ont été enregistrées dans le vignoble du Val-de-Loire, Muscadet en tête, où un hectare se négocie autour de 10 000 euros (contre environ 40 000 euros dans le cognac), mais aussi dans le Languedoc, le Bergeracois et le Beaujolais.

« La situation devient très inquiétante », estime de son côté Christophe Véral, qui représente la famille Viticulture à l’Interprofession du cognac. « Il en va aussi de l’image de notre région », poursuit-il, rappelant qu’à une époque pas si lointaine, le vignoble cognaçais, victime de surproduction, avait « inondé les Muscadet » avec ses propres vins. « Aujourd’hui, nous allons piller leur patrimoine, et ce n’est pas supportable. »

Pour autant, ces « francs-tireurs », comme les nomme Christophe Véral, que l’UGVC estime être une quinzaine, de tous profils, sont dans la légalité. »Certes, ils sont dans la loi, mais ils vont obliger les autres viticulteurs à baisser leur rendement, car nous n’avons pas besoin de produire plus, martèle Stéphane Roy. « On les appelle donc à aller dans le sens de l’intérêt général. Nous avons leurs noms, et ils sont prévenus : leurs opérations ne se feront pas discrètement ».

Stéphane Roy en appelle aussi au négoce : « Nous avons besoin de nous développer, mais de façon maîtrisée. On attend des négociants une position forte. Ils doivent dire à ces viticulteurs qui les approvisionnent qu’ils ne les soutiennent pas et qu’ils condamnent même ces pratiques. »

* L’objectif du business plan Cognac visait à déterminer le besoin en production nécessaire pour satisfaire la demande des marchés.

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