Des bulles dans le cognac

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Jean-Charles Chapuzet et Eric Corbeyran, le 29 janvier 2016 à Angoulême

La couverture et son camaïeu de bruns donnent le ton. Une des dernières nouveautés de la maison d’édition Delcourt est une bande dessinée dédiée au cognac. Un polar plutôt, dont le premier tome est intitulé « La part des démons ». Anna-Fanély Simon, photographe de presse épuisée par la couverture de zones de guerre aux quatre coins du monde, espère un peu de repos à Cognac, à la faveur d’un reportage pour le National Geographic sur « la boisson tendance, tribale, athée ». Evidemment, tout ne va pas se passer exactement comme elle l’avait prévu.

Le lecteur suit pas à pas l’héroïne, coupe à la garçonne, piercings et cheveux noirs de jais, dans son enquête sur la mort suspecte de son amie d’enfance. Anna-Fanély arpente les rues de Cognac, dîne à l’incontournable restaurant « La Croix Maron » à Segonzac, déguste des eaux-de-vie de la maison Frapin, et a même le privilège d’une visite du chai du fondateur chez Hennessy. Elle est guidée par le directeur des distilleries Olivier Paultes en personne. Ça ne s’invente pas.

Il faut dire que le scénario de « Cognac, la part des démons » a été écrit à quatre mains, par un homme du cru et un scénariste au solide curriculum vitae dans l’univers du neuvième art. Le premier, Jean-Charles Chapuzet, journaliste et écrivain, est un fin connaisseur du monde du cognac, natif de Jonzac et petit-fils de distillateur. Eric Corbeyran est né à Marseille et vit en Gironde. Scénariste prolifique, il a signé des BD de genres très variés, et se trouve être l’auteur de la saga « Château Bordeaux », parue aux éditions Glénat.

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« Cognac, la part des démons », en librairie depuis le 27 janvier.

L’idée de cette BD cognaçaise est née lors d’une soirée au festival de la bande dessinée d’Angoulême. « Je suis un raconteur d’histoire, explique Corbeyran. J’ai adoré découvrir l’univers des vins de Bordeaux, parce que c’était différent de la manière dont je travaille sur de la science fiction. Il a fallu que j’aille à la rencontre des gens. En discutant avec Jean-Charles, imaginer une histoire ayant pour décor le vignoble cognaçais est venue assez naturellement. »

Le duo a fait plusieurs repérages à travers le vignoble, et pris beaucoup de photos pour permettre ensuite au dessinateur Luc Brahy de mettre les scènes en images. « Avec Corbeyran, on a ensuite joué au ping pong avec les dialogues, pour les rendre les plus percutants possibles », raconte Jean-Charles Chapuzet, plume régulière du magazine Terre de vins.

Les auteurs n’ont-ils pas craint de froisser quelques susceptibilités cognaçaises en évoquant telle personne plutôt qu’une autre ? « Non, car cette BD s’est faite en toute indépendance, nous n’avons aucun partenariat avec les maisons de négoce, confie Jean-Charles Chapuzet. J’ai simplement eu envie de parler des gens que je connais et que j’apprécie. On s’est fait plaisir, sans pression, voilà tout. Pour moi, cette BD profite au cognac dans son ensemble. »

Un clin d’œil aux quatre autres grandes maisons de négoce est prévue dans les tomes suivants. L’une des réussites de l’ouvrage tient sûrement au fait que les lecteurs qui connaissent le monde du cognac y retrouveront bon nombre de références et de lieux familiers. Mais les auteurs ont aussi pris garde à ne pas laisser de côté ceux qui ignorent tout du spiritueux charentais. Ajoutez à cela quelques touches d’humour, des couleurs soignées signées Aurore Folny et le trait précis de Luc Brahy, et le cocktail prend sans peine. D’autant que, pour plus de réalisme, Corbeyran et Chapuzet ont choisi de ne pas éluder les infortunes que rencontrent parfois ceux qui vivent de la vigne dans les deux Charentes.

La saga « Cognac » se déclinera en trois tomes. La sortie du deuxième est d’ailleurs prévue d’ici la fin de l’année. Les deux scénaristes ont révélé le titre du dernier opus : il s’appellera « Le cimetière des machines à vendanger ». Luc Brahy étant un grand amateur d’engins motorisés, on peut s’attendre à de belles planches.

« Cognac, la part des démons », de Chapuzet, Corbeyran, Brahy, aux éditions Delcourt, 12 euros. En librairie depuis le 27 janvier.

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