Patrimoine cherche protection

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Saint-Emilion a ouvert la voie en 1999 : sa juridiction a été ajoutée à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, comme « un paysage exceptionnel, entièrement consacré à la viticulture, dont les villes et villages comptent de nombreux monuments historiques de qualité ». En juillet dernier, deux nouveaux vignobles français ont rejoint cette liste, composée de 1031 biens à travers le monde : « les coteaux, maisons et caves de Champagne » et « les climats du vignoble de Bourgogne » (le terme « climat » désigne des parcelles de vignes précisément délimitées sur les pentes de la côte de Nuits et de Beaune, au sud de Dijon).

C’est assez naturellement que la question de la candidature du vignoble de cognac s’est posée, pour la première fois, en décembre 2011. Un comité de pilotage s’est alors constitué. « En décembre 2014, nous étions à la limite de ce que nous pouvions faire seuls », précise Jérôme Sourisseau, le président du Pays ouest Charente-Pays du cognac. Le bureau d’études MCC Héritage a donc été chargé d’étudier l’opportunité d’une telle candidature.

Les experts ont rendu public leurs conclusions, sans appel, le 8 octobre dernier. « Cognac ne présente pas de paysage urbain de grande qualité au regard de la valeur universelle exceptionnelle telle que l’entend l’Unesco ». « Des éléments intéressants mais trop disparates en terme géographiques et historiques. » « Qualité architecturale peu marquée des bâtiments servant au processus d’élaboration du cognac. » « Qualités esthétiques discutables des bâtiments Hennessy. » « Tendance à l’abandon des chais en ville. » « Absence d’unité stylistique des quais de Charente. » « Originalité incontestable des fermes charentaises du vignoble, mais aucune ferme inscrite ou classée aux Monuments historiques, un écueil difficilement surmontable. » « La maison Martell, seul élément issu du cognac inscrit (mais non classé) aux Monuments historiques. » N’en jetez plus.

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Gilles Bernard, géographe et historien du cognac

« La réunion sur l’Unesco a été décevante à différents points de vue, reconnaît Gilles Bernard, géographe et historien du cognac, auteur notamment du « Cognac, une eau de vie prestigieuse ». Mais nous avons appris grâce à elle que les Cognaçais ne s’étaient jamais préoccupés du classement de leurs édifices. C’est incroyable pour une eau-de-vie si reconnue. Certains s’en sont accommodés apparemment. Pour ma part, je n’avais pas conscience que nous avions si peu de bâtiments classés, pas de ferme, et pas de chai de vieillissement. Pour ce qui est de la qualité esthétique de certains bâtiments à Cognac, il ne faut pas oublier que certes, ça nous choque aujourd’hui, mais dans les années 70, on écrasait et on reconstruisait, point. »

« Je regrette simplement que le bureau d’études n’ait passé que deux jours à Cognac pour étayer son rapport, poursuit Gilles Bernard, également président du Groupe de recherche et d’études historiques de la Charente saintongeaise (GREH). A mon sens par exemple, c’est une erreur de dire que le lien entre le vignoble et le fleuve Charente n’est pas évident. L’armagnac n’avait pas d’équivalent, ce qui a expliqué sa difficulté à percer ! »

Les experts de MCC Héritage ont lancé une nouvelle piste : l’inscription du savoir-faire cognaçais à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, sur laquelle figure déjà le fest noz breton ou la tapisserie d’Aubusson. Et si cette réunion avait au moins servi à prendre conscience de l’urgence de protéger le patrimoine architectural du cognac au niveau national ?

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