Première « dégustation »

DSC06793
Une première dégustation déroutante

Laissez-moi vous raconter ma première découverte du cognac.

J’étais étudiante à Bordeaux. Un jour, je suis invitée à un dîner chez un voisin, septuagénaire. Après le repas, celui-ci me demande : « Connaissez-vous le cognac, en avez-vous déjà bu ? »

« Non, jamais. »

« Je vais vous en faire découvrir un, très vieux. »

Il sort deux grands verres ballon, part chercher une bouteille dans une armoire à clé, verse un fond d’eau-de-vie dans chaque verre, et commence son petit discours par ces mots :

« Ah ! Le cognac ! C’est un alcool extraordinaire vous savez ! Très précieux ! »

L’homme m’explique ensuite comment apprécier ce spiritueux si particulier à ses yeux. « Prenez votre verre, et entourez-le de vos mains, pour réchauffer le cognac. Tournez-le doucement dans son verre, puis respirez-le. Que sentez-vous ? »

« … Hmm… De l’alcool fort…? »

« Ah mais Mademoiselle, il y a bien plus que cela dans le cognac ! Sentez ces arômes, admirez cette couleur ! »

Je m’exécute, un peu perplexe, quand tout à coup, l’homme reprend mon verre et me dit :

« Voilà. Vous savez maintenant ce qu’est le cognac. »

Moi, incrédule : « Et on ne le goûte pas ?? »

Lui, avec beaucoup d’emphase : « Non, Mademoiselle ! Un cognac, c’est un alcool fort, ça ne se boit pas, ça se respire ! »

Des années après, je me demande encore si ce voisin me trouvait trop jeune pour apprécier ce spiritueux à sa juste valeur, ou si réellement, dans son esprit, on ne devait que respirer un cognac…

Des années plus tard, lorsque je signais déjà des articles sur l’univers des spiritueux, j’ai rencontré David Boileau, l’ambassadeur du cognac du Bureau national interprofessionnel du cognac, qui m’a expliqué qu’il martelait aux futurs « prescripteurs » du cognac (c’est-à-dire ceux qui seront amenés plus tard à faire goûter le spiritueux à un nombre important de personnes), que non, le cognac n’est pas une eau-de-vie « chère, forte, destinée à être bue en digestif et réservée aux seniors ». Soit exactement l’inverse des circonstances dans lesquelles j’ai moi-même découvert le cognac il y a plusieurs années de cela.

Bien sûr, cette expérience reste anecdotique, et depuis, les modes de consommation ont largement évolué, mais elle me semble assez révélatrice de la perception que bon nombre de consommateurs ont encore  de la « liqueur des dieux ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s